Depuis les bancs de la maternelle, Isia Augustine cultive un lien organique avec le dessin. C’est dans l’enfance que germe son amour pour l’illustration, mais ce sont les épreuves de la vie qui ont véritablement fait naître chez lui une urgence créative. « Après des événements difficiles, je me suis dit : c’est bon, je dois me donner à fond pour être un artiste », confie-t-il avec sincérité. Aujourd’hui, il dessine comme on respire : instinctivement, intensément.

Une aventure éditoriale avec les Éditions du Mahot

Ce rêve d’enfant — publier un ouvrage mêlant ses dessins — est désormais réalité, grâce à sa collaboration avec les Éditions du Mahot et l’auteur Jacques. Le livre, fruit de cette rencontre artistique, a été nourri d’une sélection rigoureuse opérée par Jacques lui-même parmi des dizaines d’œuvres.

 « Il a pris celles qui l’inspiraient, il y en avait vraiment beaucoup (rire) », raconte Isia.

 Le défi fut de taille, entre les contraintes d’une maison d’édition encore jeune, la coordination artistique et les questions de financement. Mais l’ouvrage a vu le jour — et c’est là toute leur victoire.

Ce qui rend cette œuvre unique, c’est le dialogue entre texte et image. « D’habitude, je laisse les gens inventer leur propre histoire en regardant mes dessins. Là, la plume de Jacques apporte une autre dimension, parfois amusante, parfois très forte. »

Un style sans frontières, entre lumière et obscurité

Difficile de mettre Isia dans une case artistique : 

« Mon style est sans limite, un peu fantastique et un peu dark », dit-il, presque en chuchotant. 

Sa technique impressionne : il peint parfois avec les deux mains, comme pour mieux canaliser les images qui affluent. L’encre de Chine et les pinceaux sont ses armes favorites, qu’il combine aux feutres à alcool pour leur éclat et leur fluidité. S’il reste attaché au noir et blanc, il sait poser la couleur là où elle prend tout son sens : sur les détails qui frappent, qui dérangent, qui éveillent.

La création comme miroir de l’âme

Dessiner, pour Isia, c’est traduire l’instant : « Je dessine ce que je ressens. Et j’aime réveiller les gens, leur montrer un côté plus sombre de l’homme. » 

Son processus est presque introspectif : il s’enferme dans sa bulle, café à la main, jusqu’à ce que les formes prennent vie. Influencé par des géants comme Kim Jung Gi, Otomo (le créateur d’Akira) ou Michel-Ange, Isia revendique pourtant un ancrage réunionnais. Les montagnes, les contes, les couleurs de son île nourrissent son imaginaire, parfois sans qu’il s’en rende compte.

Et après ?

L’avenir s’annonce dense pour l’artiste. Entre projets d’exposition, nouvelles expériences numériques et collaborations éditoriales, Isia avance avec ambition. Il espère que les jeunes artistes réunionnais bénéficieront bientôt d’un accompagnement plus structuré, car « il y a beaucoup de talents ici, mais peu d’encadrement encore ». 

À ceux qui veulent se lancer, il dit simplement : « Ne lâchez rien. C’est dans les moments difficiles qu’il faut tout tenter. »

Ses œuvres, vibrantes et profondes, sont visibles principalement sur Instagram, sous le nom Isia Augustine. Et pour ceux qui s’aventureront dans son livre, ils y découvriront bien plus qu’une succession de dessins : une traversée de l’imaginaire, aussi brute que poétique.

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