Marie-Madeleine Gaze, figure emblématique de la Plaine des Palmistes, incarne la mémoire vivante des Hauts de La Réunion. Authentique Yabe, fière de ses racines créoles, elle écrit depuis plus de quinze ans pour transmettre, témoigner et faire entendre les voix souvent oubliées de son île.
Une femme enracinée dans les Hauts de La Réunion
« Mwin, c’est vraiment une Yabe »
Marie-Madeleine Gaze est née d’un père de Mafate et d’une mère de Sans-Souci, dans une case en paille comme tant d’enfants de sa génération. Elle vit depuis plus de quinze ans à la Plaine des Palmistes, un village perché dans les Hauts de La Réunion. Elle incarne avec fierté l’identité des Yabs, ces petits blancs pauvres des Hauts, et revendique cette appartenance comme une richesse culturelle et humaine. Son parcours est marqué par la simplicité, la solidarité et la dignité d’un peuple souvent méconnu.
L’écriture comme acte de transmission
« Je voulais que mes enfants comprennent que la vie d’avant… elle était tellement différente. »
C’est avec Yab et Pitaclée, son premier ouvrage, que Marie-Madeleine entre en littérature. Ce livre, à la fois intime et universel, est né d’un besoin de transmission. Elle y raconte la vie dans les années 50-60 à La Réunion, une époque marquée par la pauvreté mais aussi par une forme de résilience collective. À travers ses mots, elle souhaite que les jeunes générations comprennent que « rien n’est acquis » et que le confort d’aujourd’hui repose sur les sacrifices d’hier.
Donner la parole à ceux qu’on n’écoute pas
« Parce qu’on n’a pas beaucoup de monsieur, il ose dire, il ose écrire. » Marie-Madeleine Gaze ne se contente pas de raconter sa propre histoire. Elle devient passeuse de récits, révélant les voix de ceux qu’on n’entend jamais.
Dans L’enfant paille de canne, elle retrace le parcours d’un garçon qui a fui la violence familiale pour se réfugier dans les champs de canne. Trois draps, deux toiles et crues met en lumière une femme analphabète que tout le monde croyait instruite. Et Moment pour une illettrée est le fruit d’un accompagnement sensible d’une dame qui, à 50 ans, apprend à lire et à écrire avant d’être emportée par la maladie. « Son histoire est restée. »

Une parole de femme, libre et sincère
« Je n’ai pas eu une histoire géniale. Au début, lété génial. Après, lété pu génial. »
Avec Les clics, Marie-Madeleine se livre. Elle y raconte sa vie de femme, ses blessures, ses espoirs, ses silences. Mais elle refuse le pathos. Elle choisit la forme du roman pour que chacun puisse s’y reconnaître, pour que la lecture soit fluide, accessible, humaine. Elle écrit pour que d’autres femmes osent parler, osent écrire, osent exister.
Une militante du quotidien
Depuis 2011, elle préside l’association NRDJ — Nouvelle République des Jeunes — à la Plaine des Palmistes.
« On m’a demandé si je voulais reprendre la présidence de l’association… et j’ai accepté. »
D’abord tournée vers la jeunesse, l’association s’est élargie pour venir en aide aux familles en difficulté. Marie-Madeleine y organise des expositions, notamment sur l’histoire de La Réunion, et accompagne des projets d’écriture. Pour elle, l’engagement social est une autre forme de narration : celle qui transforme les vies.
Une créole fière de son île
« C’est un privilège d’être créole quand même. » dit-elle avec ferveur.
Marie-Madeleine Gaze ne veut pas écrire sur la métropole « il n’a pas besoin de moi » mais sur La Réunion. Elle célèbre son île, son peuple, sa langue, ses douleurs et ses beautés. Elle écrit avec le cœur, avec la terre, avec la mémoire.
Elle le dit avec force et humilité : « Nou l’est pas plus, nou l’est pas moins. »
Une plume poétique, une voix engagée
Dans ses textes, on croise aussi des chiens errants sur la route en corniche, des enfants qui jettent des morceaux de gâteau, des dalons écrasés par l’indifférence. Elle écrit la tendresse, la colère, la dignité.
Marie-Madeleine Gaze est bien plus qu’une autrice : elle est une mémoire vivante, une militante de la dignité, une voix qui éclaire les Hauts. Une femme qui écrit pour que personne ne soit oublié.






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