Sur les étals des marchés créoles, entre les brèdes, les tomates et les piments, se cache un légume mystérieux, hérissé d’un vert éclatant, le margoze ! Inconnu de beaucoup, redouté par certains, adoré par d’autres, ce concombre amer intrigue dès le premier regard. Bosselé, vert vif, presque mystérieux dans sa forme, ce concombre amer suscite autant d’intrigue que de méfiance. Pourtant, derrière son goût piquant se cache une histoire culinaire, médicinale et culturelle profondément ancrée dans l’identité réunionnaise.

Un légume qui éveille les sens

Le margoze n’est pas un simple légume. Il fait partie de ces ingrédients qui provoquent une première réaction vive, parfois de rejet, mais qui, une fois apprivoisés, deviennent inoubliables. Son amertume, intense et franche, contraste avec la douceur des caris ou la rondeur du riz blanc. Dans la cuisine réunionnaise, il est transformé avec subtilité en rougail, cru ou cuit, parfois associé à de la morue salée, des tomates, des aromates ou même des grains.

On le consomme comme un condiment tonique, capable de réveiller les papilles et de balancer les saveurs d’un repas. C’est une véritable école du goût, où la patience et la curiosité sont récompensées par une richesse sensorielle unique.

Le margoze doux : une alternative plus accessible

Contrairement au margoze classique, dont l’amertume peut rebuter les palais sensibles, le margoze doux séduit par sa saveur plus délicate, proche du concombre ou du cornichon. Sa peau est souvent plus lisse, sa forme un peu tordue, et sa texture croquante en fait un excellent ingrédient pour les rougails frais, les salades, ou même les pickles maison.

Le rougail Margoze : star des assiettes créoles

La recette la plus emblématique reste le rougail margoze cru. Tranché en fines lamelles, trempé dans de l’eau salée pour dompter son amertume, il est ensuite mélangé à de l’oignon rouge, du piment oiseau, de l’huile et une pointe de vinaigre. Ce mélange, servi à température ambiante, accompagne avec caractère les viandes grillées, les caris, ou les poissons fumés.

Pour les amateurs de plats chauds, le rougail morue aux margozes offre une alliance exquise entre la salinité de la morue, la vivacité du piment, et la profondeur amère du légume. Un plat de cœur, généreux, familial, qui raconte La Réunion avec force et tendresse.

 Un trésor de vertus

Mais le margoze ne se contente pas de régaler. Il soigne. Dans les médecines traditionnelles, ce légume est considéré comme hypoglycémiant, parfois surnommé l’insuline végétale. Il facilite la digestion, renforce l’organisme grâce à sa richesse en vitamines A et C, en antioxydants, et en fibres.

Attention toutefois : sa consommation est déconseillée aux femmes enceintes, car certaines substances naturelles qu’il contient peuvent interagir avec le système hormonal.

Le Margoze dans les mémoires et le langage

À La Réunion, le margoze dépasse le cadre de la cuisine. Il devient métaphore : on dit de quelqu’un au caractère difficile qu’il est “comme margoze”. Il incarne une force de caractère, un certain franc-parler, une vérité sans fard.

On le retrouve dans les contes créoles, les récits de grand-mères, et parfois même dans les jardins, cultivé comme un petit trésor secret que l’on transmet de génération en génération.

Un légume mondialement connecté

Ce légume si réunionnais est aussi connu ailleurs sous le nom de melon amer, ou goya au Japon, où il est particulièrement prisé à Okinawa, région célèbre pour la longévité de ses habitants. Ce cousin du margoze renforce l’idée que ce légume est bien plus qu’un aliment : c’est un allié pour une vie saine et équilibrée.

Oser le Margoze : Une expérience gourmande

Découvrir le margoze, c’est se confronter à l’amertume, à l’intensité, au vrai goût du terroir réunionnais. C’est oser un voyage culinaire qui sort des sentiers battus. Que ce soit en rougail, sauté, ou même en jus médicinal, ce légume mérite qu’on lui accorde une place sur nos tables.

Et vous, laisserez-vous le margoze réveiller vos papilles ?

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