À 66 ans, David Banon est bien plus qu’un restaurateur : il est un passeur de mémoire, un artisan du goût, un défenseur acharné de la cuisine réunionnaise. Marié et père de deux enfants, il partage avec fierté le parcours de sa fille, qui travaille dans la restauration à New York , et de son fils, qui s’apprête à reprendre l’entreprise familiale. Une transmission naturelle, à l’image de celle qu’il a lui-même reçue.
Une vocation née dans les cuisines familiales
David Banon n’a pas choisi la restauration par hasard. Issu d’une famille réunionnaise nombreuse, il découvre très tôt les responsabilités partagées autour de la cuisine. À 24 ans, poussé par son frère aîné, il reprend le restaurant Le Reflet des Îles, qu’il développe avec passion.
“Dans les familles réunionnaises, chacun avait un rôle : mettre le riz au feu, couper la viande, préparer les épices… Ces gestes du quotidien, répétés dans les grandes cérémonies religieuses, ont forgé mon amour pour la cuisine.”
Une cuisine métissée, riche de cinq continents
Pour David Banon, la cuisine réunionnaise est le reflet du peuplement de l’île : Afrique, Inde, Chine, Madagascar, Europe… Chaque culture a apporté ses saveurs, ses savoir-faire, ses recettes.
Trop longtemps considérée comme « primaire », cette cuisine gagne aujourd’hui ses lettres de noblesse. Son restaurant est reconnu par les professionnels, les réseaux sociaux et surtout par les clients, qui en sont les véritables ambassadeurs.


Le client, cœur battant de l’établissement
David Banon le répète avec conviction : « Le véritable patron d’un restaurant, c’est le client. »
C’est pour lui que l’on cuisine, que l’on innove, que l’on veille à la qualité et au juste prix. Avec son équipe, il s’attache à faire progresser sa cuisine tout en respectant les recettes traditionnelles. Les revisites sont les bienvenues, à condition que la base soit préservée.
« Un saucisse pétée a une recette. On ne peut pas y mettre de la crème ou le transformer à l’excès. »
Remettre en lumière les produits longtemps
Attaché aux racines de la cuisine créole, David Banon valorise les « produits longtemps » : légumes oubliés, plats de misère devenus trésors gustatifs. Il rappelle que cette cuisine est née dans la précarité, quand la viande était rare et que l’on se nourrissait de racines et de plantes. Le brède « mouroume »consommé chaque dimanche soir, en est un exemple.
« On savait que c’était bon, mais on ne savait pas pourquoi. »


Une transmission à structurer
L’un des défis majeurs selon lui : la transmission. Trop souvent orale, elle repose sur des gestes, des intuitions, des « un ti gigigne », des « petits chouillas ». Il appelle à une formalisation des recettes pour que tous parlent le même langage culinaire et que la cuisine créole puisse se transmettre avec précision et cohérence.


Des plats qui racontent une histoire
Dans son restaurant, chaque plat est une mémoire. Des clients viennent de toute l’île pour savourer un graton, un sauté morue ou un cabri salé. Des enfants réclament leur « saucisse pétée » comme d’autres demanderaient un hamburger.
Pour David Banon, c’est une victoire : « Ils ont grandi avec cette cuisine, ils viennent la partager. Elle les réconcilie avec la vie, elle les replonge dans la mémoire de leurs grands-parents.«


Une philosophie en trois mots
Si David Banon devait résumer son parcours, sa vision et son engagement, il le ferait en trois mots : engagement, foi, passion. Une trilogie qui guide chacun de ses gestes, chaque plat servi, chaque transmission offerte. Cette philosophie fait de lui bien plus qu’un restaurateur : un véritable gardien de la culture culinaire réunionnaise.

En recevant l’Ordre national du Mérite dimanche dernier, David Banon voit plus de quarante années de travail saluées par la République. Une reconnaissance officielle pour un homme qui, à travers sa cuisine, a su préserver, transmettre et faire rayonner l’identité réunionnaise. Mais cette distinction est aussi le reflet d’un travail collectif : il tient à remercier chaleureusement toute son équipe, elle aussi médaillée, pour son dévouement, son talent et sa fidélité. Ensemble, ils ont su faire vivre, jour après jour, l’âme de la cuisine réunionnaise.






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