Juste avant d’entrer dans le Carrefour de Sainte-Clotilde, dans le passage animé de la galerie marchande, quelque chose m’a stoppé net. Ce n’était ni une promotion ni une animation commerciale, mais une série de trépieds dressés comme des sentinelles, portant des tableaux éclatants de couleurs. Impossible de passer sans s’arrêter. C’est là que j’ai rencontré Lukas.

Un artiste aux racines multiples

Lukas est un artiste peintre à l’histoire aussi vibrante que ses toiles. Né en Côte d’Ivoire, d’origine française, il a grandi dix ans sur le continent africain avant de s’installer à La Réunion, où il vit depuis huit ans. Son parcours est marqué par les voyages, les métissages, et une sensibilité artistique qui dépasse les frontières.

Mais avant la peinture, Lukas était compositeur : « La musique, c’était mon premier métier. Mais à un moment, j’ai senti un essoufflement dans ma créativité. » 

C’est alors qu’il découvre la peinture, presque par hasard. Une révélation. 

« J’ai compris que ce médium offrait un champ des possibles encore plus vaste que la musique. »

 Une peinture intuitive et sensorielle

Lukas ne peint pas seulement avec des pinceaux. Il utilise ses mains, des feutres, des marqueurs, des crayons. Il compose ses propres couleurs, à partir de souvenirs, d’émotions, de vibrations.

 « Je cherche à faire résonner une mémoire dans chaque nuance. » Son style, entre street art, figuration libre et abstraction, intrigue. Il est inclassable, personnel, vivant.

« Beaucoup me disent qu’on ne retrouve mon style nulle part ailleurs. Je pense que c’est le temps qui affine le langage. Mais je suis encore en recherche. » confie-t-il. 

Cette quête artistique est indissociable de son cheminement intérieur.

Quand la peinture rencontre la musique

Lukas ne s’arrête pas à la toile. Il collabore avec le pianiste William Mendelbaum dans un spectacle baptisé Ondula, présenté récemment au Théâtre des Sables.

Le concept ? Une performance d’1h30 en totale improvisation. William joue en fonction des couleurs qu’il voit, Lukas peint en fonction des sons qu’il entend. 

« On a tous les deux cette faculté à percevoir des sons dans les couleurs et des couleurs dans les sons. C’est ce qui nous a liés. »

Une version 2 du spectacle est en préparation, avec l’ambition de le faire voyager à l’international. Une fusion artistique rare, où les sens dialoguent sans mots.

Un artiste qui rayonne au-delà de l’île

Depuis mai, Lukas est représenté par Worldwide Gallery, une galerie américaine qui expose ses œuvres à Louisville, dans le Kentucky. L’objectif pour l’année prochaine : Miami et New York. En parallèle, certaines de ses pièces sont actuellement exposées à Tokyo, et une nouvelle exposition est en préparation.

 Des œuvres qui deviennent textiles

Lukas a également collaboré avec Pascale Gontier, éditrice de tissus luxueux à Paris, pour créer une série de kimonos et foulards à partir de ses œuvres.

 « Ce kimono, par exemple, a été réalisé à partir d’une toile que je garde précieusement. Il n’est pas à vendre. »

Ces pièces textiles, légères et élégantes, peuvent être portées aussi bien à la plage qu’en soirée chic.

Un message pour les créateurs en devenir

À ceux qui veulent se lancer, Lukas ne donne pas de recette miracle. Mais il partage une conviction profonde :

« Il faut créer son propre chemin. Être créatif, non seulement dans ce qu’on crée, mais aussi dans la manière dont on avance. Ne pas suivre ce qui est déjà établi. Inventer sa propre façon de faire. »

Lukas est de ceux qui transforment le quotidien en poésie visuelle. Et parfois, il suffit d’un détour dans une galerie marchande, juste avant de faire ses courses, pour croiser un artiste qui vous arrête dans votre élan et vous invite à voir le monde autrement.

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