Il y a des artistes qui traversent les scènes, et d’autres qui les transforment. Philippe de Lacroix-Herpin, alias Prof Jah Pinpin, fait partie de ceux dont le souffle a marqué une île entière. Saxophoniste incandescent, passeur de rythmes et d’émotions, il a trouvé à La Réunion non seulement un public, mais une terre d’écho. Ce portrait retrace le parcours d’un homme qui a fait du saxophone un cri de liberté et de l’improvisation, un acte de fraternité.
Le choc du souffle
C’était un soir de 1985, au Stade de l’Est. Le public réunionnais attendait Jean-Jacques Goldman, ses refrains familiers, ses guitares. Mais ce fut un saxophone qui fit basculer la soirée.
Dans la section cuivre du concert, un inconnu du grand public capta l’attention, électrisa les corps, bouleversa les attentes. Ce souffle, c’était celui de Philippe de Lacroix-Herpin. Ce soir-là, Prof Jah Pinpin ne joua pas : il révéla. Et La Réunion, sans le savoir encore, venait de rencontrer l’un de ses futurs fils adoptifs.
Un musicien-passeur
Avant cette rencontre, Philippe avait déjà tracé sa route. Figure du rock rennais, compagnon de scène de Marquis de Sade, Étienne Daho ou Octobre, il rejoint Goldman pour sept années de tournée.
Puis vient la Fédération Française de Funk (FFF), l’album Blast Culture à New York avec Bill Laswell, et les collaborations avec Youssou N’Dour, Touré Kunda, Salif Keïta, Zazou Bikaye.
Sur scène, il accompagne Tiken Jah Fakoly, Junior Kelly, Raggasonic, Sinsemilia, et partage des sets électro avec Issa Sacha Kuruma. Chaque fois, son saxophone ne se contente pas d’orner : il dialogue, provoque, amplifie.


Une voix pour l’île
Installé à Saint-Paul depuis 1993, Prof Jah Pinpin devient un frère de souffle pour La Réunion. Avec son 4tet, il mêle jazz, funk et rythmes créoles. Il joue avec Gramoun Lélé sur Zelvoula, avec Barth, Varaine Ben, SLAM’N JAM, et dans les festivals de l’océan Indien.
Sa musique est un refus du formatage, une quête de vérité brute. Il incarne une appartenance par le lien : celui qu’on tisse en écoutant, en partageant, en donnant. Aujourd’hui, son souffle fait partie du patrimoine vivant de l’île, un souffle libre, indiscipliné, généreux, qui relie les mémoires et les peuples.
Un souffle devenu mémoire
Rendre hommage à Prof Jah Pinpin, c’est saluer plus qu’un parcours musical : c’est reconnaître un homme qui a fait de son saxophone un outil de vérité, de lien et de résistance.
À La Réunion, il n’a pas cherché à s’imposer: « j’écoute, je partage, je vibre avec le peuple« .
Et c’est ainsi qu’il est devenu l’un des nôtres. Son souffle a traversé les scènes, les genres, les continents, mais c’est ici qu’il a trouvé son écho le plus profond.
Aujourd’hui, son héritage ne se mesure pas seulement en disques ou en collaborations, mais dans la manière dont il a incarné la musique : libre, indisciplinée, généreuse. Il a montré que l’appartenance ne vient pas du lieu de naissance, mais du lien que l’on tisse avec les autres. Et ce lien, Prof Jah Pinpin l’a gravé dans le cœur des Réunionnais.
Source : Mazavaroo






Laisser un commentaire