Qui a dit que le diabète et l’art ne faisaient pas bon ménage ? Certainement pas Keïla, la chanteuse et comédienne qui, hier à l’IAE de Saint-Denis, a prouvé qu’on pouvait transformer un coup de pompe métaphorique en un coup de projecteur salvateur. Son clip, « Maladie », n’est pas juste une chanson, c’est un cri du cœur, un coup de semonce contre le silence, et une thérapie collective.

Imaginez un peu la scène : le bac en poche, l’euphorie de la liberté, une virée en boîte de nuit qui s’annonce… et là, patatras ! Au lieu du dancefloor, c’est l’hôpital qui l’appelle d’urgence, avec une phrase digne d’un mauvais thriller : « Si vous n’y allez pas tout de suite, vous frôlez le coma. »

Un vrai rideau de fer qui tombe sur la fête, révélant la réalité du diabète de type 1. Pour Keïla, c’était il y a près de dix ans. On comprend pourquoi elle parle d’un « gros, gros, gros choc » après une telle entrée en matière, la vie prend forcément un nouveau tournant.

Quand la pudeur se heurte à l’urgence

Ce qui est touchant chez cette artiste, c’est sa franchise face à un tabou. Elle l’avoue, dans la culture afro-descendante, on a souvent tendance à arborer un optimisme à toute épreuve, un masque qui dit « Tout va bien, merci ». Mais cette « grande foi intérieure« , si elle est belle, peut devenir un « frein, un handicap » quand il s’agit de demander de l’aide et de mettre des mots sur les « douleurs cachées et maquillées« .

C’est précisément le rôle de son projet, Soigne Tes Maux, porté par l’association Kmusik. Loin de la simple bluette, Kaïla utilise son art pour donner une voix aux « invisibles », ces personnes diabétiques de tous âges. Car oui, rappelons-le, le diabète de type 1 n’est pas l’apanage des grands-mères. Il peut frapper à un an, à seize ans, ou à quarante ans, sans prévenir et sans forcément être héréditaire. Il n’y a « pas vraiment de règles », comme elle le souligne avec un brin de fatalisme, vite balayé par son énergie.

De la colère au refrain d’espoir

Le clip de « Maladie » est un véritable pont jeté entre La Réunion et les Comores. Un tournage « très intense » dans les deux pays d’origine de Keïla, où la pudeur face à la maladie est forte. Pourtant, l’accueil fut incroyable, comme si les gens « attendaient cette ouverture-là« . C’était une reconstruction mutuelle, un échange.

Et côté musique ? Le premier couplet est « saccadé, très haché« , traduisant la « grande frustration, [la] vulnérabilité, [l’]impuissance » ressenties. Pas étonnant qu’on y trouve une sonorité proche du rap, cette « énergie brute » sans filtre pour cracher la colère. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le refrain est un appel à la paix et à la guérison, qu’elle chante en comorien : « Mendo Amani ou » (Marchons en paix). C’est un souhait, une prière.

Finalement, le conseil que Keïla donne aux futurs artistes qui vivent avec une maladie chronique est le plus beau des messages : « rester le plus sincère avec soi-même ». Faire la paix avec ses « différentes dualités » et se lancer. Ce n’est pas une question de recopie, mais de « grand nettoyage« .

Une sacrée leçon de vie et d’art délivrée à l’IAE de Saint-Denis !

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