Dans la salle de l’UPSD à Champ Fleuri, l’air est saturé de magnésie et de détermination. Entre deux claquements de gants, une silhouette impose le respect sans jamais hausser le ton : Raymond Gevia. Coach, mentor, et boussole de la boxe péi, il est de ceux dont le silence fait plus de bruit que les cris des autres.
La fabrique à champions
Cette saison, Raymond n’a pas fait les choses à moitié. Dans ses valises de retour de métropole ? Un titre de champion Élite B et un sacre en Élite A (le Graal national). Pour un club de l’île, c’est un peu comme si une petite barque remportait la Route du Rhum.
« Le titre, c’est le sommet. Être le meilleur de France dans sa catégorie, ce n’est pas un détail, c’est un séisme », confie-t-il, la fierté à peine contenue.

Des rings du Chaudron au Bataillon de Joinville
Avant de polir les champions, Raymond a lui-même essuyé la sueur des cordes. Tout commence à 15 ans, au Chaudron. À 17 ans, la boxe lui offre son premier billet d’avion.
« Pour un petit gars du quartier, découvrir le monde grâce à ses poings, c’était mieux qu’un rêve, c’était une évasion. »

Son CV ressemble à une fiche de score parfaite :
- Vice-champion de France 1981 et médaillé international.
- Passage par le mythique Bataillon de Joinville et l’INSEP.
- 55 titres nationaux glanés par le club, dont il est le chef d’orchestre.
« Je pourrais ouvrir un musée avec toutes ces ceintures, mais je n’ai pas encore trouvé le papier peint assorti », s’amuse-t-il.
Sa plus grande réussite reste pourtant humaine : transformer des jeunes venus « juste pour voir » en guerriers disciplinés.

La fin d’un round, pas du combat
Raymond n’est pas arrivé à l’UPSD par hasard. Il y a été appelé en 2004 pour succéder à son propre mentor. Une histoire de transmission, de famille.
Mais parfois, le climat change et la garde se fissure. Sans vouloir entrer dans un corps-à-corps médiatique, Raymond constate que la cohésion s’est évaporée. Quand le bien-être des boxeurs n’est plus la priorité absolue, le coach préfère jeter l’éponge… ou plutôt la reprendre pour aller essuyer d’autres visages ailleurs.
Le geste est aussi net qu’un uppercut : il demande un stylo, signe, et annonce son départ.
Une page se tourne à l’UPSD, mais le livre de Raymond Gevia est loin d’être terminé. L’empreinte est là, indélébile, dans chaque goutte de sueur versée sur le ring. La suite ? Elle s’écrira forcément avec des gants, du respect, et cette classe naturelle qui ne prend jamais sa retraite.





Laisser un commentaire