C’est lors d’une conférence de presse de la diaspora malgache, sur le parvis des Droits de l’Homme à Saint-Denis samedi dernier, que j’ai rencontré Jean-Yves Lonca. Impossible de passer à côté : allure fière, regard malicieux et style vestimentaire à mi-chemin entre biker chic et aventurier du monde. Éblouie par son élégance un brin rebelle, je découvre un homme au parcours aussi dense qu’une carte d’Afrique.
À 71 ans, Jean-Yves Lonca n’a rien perdu de sa flamme. Né à Madagascar, cet infatigable globe-trotteur se définit à la fois comme un “homme de pesée” (au sens propre, c’est son métier) et un homme de poids (au sens figuré, vu son parcours).
“Je suis né à Madagascar et j’ai quitté le pays à 18 ans, quand la politique a commencé à tout secouer. Depuis, j’ai beaucoup voyagé, j’ai travaillé un peu partout dans le monde… et finalement, c’est ça qui m’a rapproché de Madagascar.”
Une phrase qui résume bien le personnage : enraciné et déraciné à la fois, à la croisée des cultures, et toujours curieux du monde.
Aujourd’hui, on croise Jean-Yves, l’œil brillant. “Ma mère est malgache, alors cette culture coule dans mes veines. Une intervenante de la diaspora malgache m’a rappelé ma grand-mère, j’en ai eu les larmes aux yeux.” Derrière le blouson de motard, le cœur est tendre.


Un globe-trotteur du pesage industriel
Oubliez les balances de supermarché. Jean-Yves travaille dans le pesage industriel : ponts bascules pour camions, matériel lourd et précis. Un métier qui l’a mené aux quatre coins du globe.
“J’étais récemment en Éthiopie, puis au Congo. Je connais bien l’Afrique de l’Ouest… et bien sûr Madagascar. Il ne me manque qu’une région à découvrir : Morondava, l’allée des Baobabs. J’espère y aller cette année.”
Il parle de ses voyages comme d’anciennes amitiés. Les Antilles, la Guyane, Kourou, le centre spatial : chaque destination semble lui avoir laissé une trace. “La Guyane me rappelle beaucoup Madagascar : des forêts immenses, des routes sans fin…”


Le biker philosophe
Mais Jean-Yves, c’est aussi une âme de motard. Une moto “un peu sale, un peu bad boy”, comme il dit en riant. “Elle me ressemble !”
Pas question de vitesse à tout prix à 71 ans, il préfère la route tranquille. “C’est une philosophie de vie. Quand je vivais aux Antilles, je voyais tous ces bikers américains, ça m’a donné envie. Aujourd’hui, je suis l’un des derniers fondateurs du chapitre Harley de l’île à encore rouler. Mon ami Bernie, lui, est passé au vélo.”
L’homme rit de lui-même avec bienveillance : pas nostalgique, mais lucide.
“Le Grand Guerrier”, un surnom qui colle à la peau
On l’appelle “le Grand Guerrier”. Un surnom né de son passé d’animateur radio en Martinique, mais aussi d’un héritage plus ancien : “Ma mère vient du sud de Madagascar, d’une tribu réputée pour ses guerriers. D’ailleurs, les gens des Hauts Plateaux choisissaient souvent des gardiens chez nous.”
Le surnom, d’abord une plaisanterie, a fini par lui coller à la peau. Et à vrai dire, il lui va bien.

Un guerrier… mais du côté du cœur
Derrière le biker et le baroudeur, il y a un homme profondément engagé. “Je ne cherche pas à me valoriser, mais c’est vrai que j’ai défendu beaucoup de causes.”
Il soutient des projets à Madagascar, aide des familles, et a même adopté deux enfants au Sri Lanka. “Ma vie est tournée vers les autres. Même si, parfois, je pense aussi un peu à moi, faut pas exagérer non plus !” glisse-t-il en riant.
Un regard lucide sur l’Afrique
Son parcours lui donne un regard sans naïveté sur les réalités du continent.
“Il faut aider les jeunes, bien sûr. Mais j’ai peur des récupérations politiques. Regardez au Mali, au Burkina Faso… Les militaires promettent des élections, puis repoussent encore et encore. Ces pays regorgent de richesses naturelles, et certains en profitent largement. Il ne faut pas se voiler la face.”
Le ton est calme, mais la conviction est ferme.

“Quand il y en a pour un, il y en a pour moi”
Jean-Yves aime les citations surtout quand elles piquent un peu. “Coluche disait : ‘Quand il y en a pour un, il y en a pour moi.’ Une phrase géniale, qui illustre parfaitement la corruption que je combats à Madagascar.”
Et quand il faut finir sur une note plus lumineuse, il choisit sans hésiter : “Liberté, Égalité, Fraternité. Une devise magnifique, trop souvent bafouée, mais qui reste un idéal à poursuivre.”
À 71 ans, le Grand Guerrier continue de rouler, d’aider, de rire et de peser.
Pas seulement les camions, mais aussi les mots, les causes, et les vies.






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