Il a le regard clair des hommes qui ont traversé les tempêtes sans jamais perdre le goût du soleil. À 82 ans, Paul Arthur Martin continue de vivre comme il a toujours voyagé : libre, curieux et gourmand. Entre Noirmoutier, Madagascar et La Réunion, ce marin des terres a semé du sel, de la joie et des histoires à raconter. Aujourd’hui installé à Salazie, entouré de montagnes et de bocaux pleins de parfums, il savoure la vie, lentement, comme une confiture maison.
L’homme qui a fait du monde son archipel
“Je suis un insulaire profond : je ne sais pas vivre ailleurs que dans les îles.”
De Noirmoutier à Sainte-Marie, en passant par La Réunion, Paul a toujours eu la mer comme boussole.
« Noirmoutier, c’est chez moi depuis trois siècles. Une vraie famille de routiers », raconte-t-il fièrement.
À 50 ans, fraîchement divorcé, il plaque tout pour Madagascar. Il monte une entreprise d’exportation, vit sur une maison de rêve au bord du lagon… puis perd tout.
« J’ai tout tenté pour gagner ma vie. J’ai eu une maison magnifique, bateau, voitures, tout… et j’ai tout perdu. Un million d’euros envolé. »
Mais au lieu de sombrer, il redémarre. « J’ai arrêté de penser à tout ça. Je me suis refait complètement, en mieux. »

De Sainte-Marie à Salazie : la renaissance
“Je suis presque content qu’on m’ait foutu dehors de Madagascar.”
Le 1er janvier 2000, Paul Arthur débarque à La Réunion. Il reprend l’hôtel du Maïdo, puis s’installe en 2005 au Relais des Cimes à Salazie.
Depuis, la montagne est devenue son refuge.
« C’est mon fils qui dirige maintenant. Moi, je m’occupe de mes trois Airbnb et de mes bocaux ! »

De sa terrasse perchée, il contemple le cirque.
« Les gens me disent : “Ah ouais, mais t’es là-haut…” Et alors ? Le calme, la beauté, la tranquillité… où veux-tu que je la trouve ailleurs ? »


L’art de vivre selon Paul Arthur
“Le sel, c’est sacré.”
Paul est un gourmet touche-à-tout. Fleur de sel, ail noir, confitures, épices : il transforme tout ce qu’il touche en saveur.
Pendant dix ans, ses petites barquettes de fleur de sel ont voyagé en première classe sur Air France.
Le Covid a stoppé l’aventure, mais pas sa curiosité :
« Je continue un peu pour mes fidèles clients. »

Chez lui, chaque recoin raconte une histoire. Sur les étagères, une belle collection de boîtes de sardines venues du monde entier, certaines vieilles de plusieurs décennies.
« Elles ont plus voyagé que moi ! » s’amuse-t-il.


Et dans la cuisine, c’est le royaume des bocaux :
« Dès que je vois un beau fruit dans le jardin, hop, je le mets en bocal ! »
Vanille, rhums arrangés, fruits du jardin… un vrai laboratoire de parfums et de patience.

Un insulaire au grand cœur
Paul Arthur aime La Réunion autant que Noirmoutier. Il s’intéresse à tout : l’histoire, la culture, les gens.
« J’aime tout à La Réunion. Je veux connaître son histoire comme je connais celle de Noirmoutier. »
Grâce à Internet, il découvre encore chaque jour de vieilles photos de l’île, des visages, des fragments d’histoire.
« Il y a une dame sur Facebook, je ne sais plus son nom, qui publie des images anciennes. Même après en avoir vu des tas, j’en découvre encore tous les jours ! »
Le regard de Natacha – Amie et complice
“Paul, c’est un tout-terrain de la vie.”
Pour Natacha, amie fidèle et artiste, Paul est un homme à part.
« C’est un amoureux de la nature, de l’art et de la vie. Il est curieux, autonome, et toujours en train d’apprendre. Malgré son âge (que je ne révélerai pas !), il reste incroyablement vif. »

Elle rit en évoquant sa cuisine :
« Chez lui, c’est un festival de bocaux ! Entre 20 et 30 litres de préparations maison, avec des gousses de vanille partout. Et ça sent si bon ! »
Pour elle, Paul incarne l’art de vivre créole :
« Il transforme tout ce qu’il touche, les fruits, les paysages, les rencontres, en quelque chose de savoureux et de joyeux. »

Un dernier conseil de baroudeur
“Foncez. Soyez curieux, toujours.”
Paul a tout connu : Madagascar, Mexique, Nouvelle-Zélande, cyclones et recommencements.
« Je ne parle pas anglais, et c’est mon seul regret. Mais j’ai tout vu, tout tenté. »
Aujourd’hui, il regarde le cirque de Salazie avec sérénité.
« C’est ici que je finirai mes jours. J’ai mes amis, mes fruits, mes souvenirs… et cette vue. »


Et dans le silence de la montagne, entre un rayon de soleil et un pot de confiture, Paul Arthur Martin continue d’écrire sa plus belle aventure : vivre libre, simplement.








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