Si vous vous promenez dans les rues de Saint-Denis ces jours-ci, impossible de passer à côté. Les devantures du centre-ville ont pris un coup de frais, mais pas n’importe lequel. Un rose vif, assumé, gravé de slogans qui font sourire autant qu’ils font réfléchir. Derrière la bombe de peinture ? Gérard Itéma, plus connu sous le blase de KAF (Kréol Air Force).
Membre actif du collectif Artiste 974, KAF n’est pas du genre à faire de la peinture pour juste « faire joli ». Chez lui, la bombe est un haut-parleur. Et pour cet Octobre Rose, la mairie dionysienne lui a donné carte blanche (ou plutôt vitrine blanche) pour faire passer un message vital : dépistez-vous.

De la chambre de Mickey à la fureur de vivre
Pour comprendre la démarche, il faut connaître le bonhomme. Le parcours de KAF, c’est tout sauf un fleuve tranquille tracé par une école des Beaux-Arts. Au collège, pendant que les profs disséquaient la grammaire, lui repassait déjà les contours de ses cahiers. Mais la vraie bascule, celle qui recadre une vie, elle a lieu en 2012.
Le 5 mars 2012, alors qu’il surfe tranquillement sur nos côtes, il survit à une attaque de requin. Une de celles qui vous font intégrer direct le club très fermé des miracles vivants. Quand on passe si près du fond, le boulot d’ouvrier métro-boulot-dodo pour juste remplir le frigo prend un sacré coup de vieux. Encouragé par ses proches après avoir peint une magnifique fresque Mickey pour la chambre d’un bébé, il décide de tout lâcher pour se consacrer au graffiti.

Vivre de son art à La Réunion ? Un parcours du combattant, soyons honnêtes. On tire sur les bouts, on galère, mais on reste libre. Et surtout, on reste humble : pas de gros ego, pas de vandalisme sauvage. KAF peint dans le respect, transmet son savoir-faire dans les écoles, et rappelle aux plus jeunes que l’art urbain est fait pour embellir le monde, pas pour le dégrader.
« Parfumez-vous, dépistez-vous » : l’art au service de la santé
Dix ans qu’il s’investit pour Octobre Rose, principalement dans l’Est. Cette année, changement d’échelle : appelé en urgence par Saint-Denis, il a enchaîné une trentaine de vitrines de commerçants ravis de prêter leurs baies vitrées.

Sa force ? Le sur-mesure et le jeu de mots bien senti. Sur la vitrine d’une parfumerie ? « Parfumez-vous, dépistez-vous ». Parce que l’idée, c’est d’accrocher l’œil du passant entre deux achats, de briser la peur et de rappeler une réalité toute simple : le dépistage du cancer du sein est 100 % gratuit. Il n’y a aucune excuse financière qui tienne.
Et mesdames, ne pensez pas être les seules concernées : KAF prend soin de rappeler une statistique trop souvent ignorée. 1 % des cancers du sein touchent les hommes. Eh oui, messieurs, passé la quarantaine, la révision générale ne concerne pas que la voiture ou la coloscopie. On surveille aussi le torse !
La santé avant les billets
Entre ses sessions peinture à Oslo où il est allé poser ses lignes sur des skateparks nordiques et ses ateliers civiques auprès des marmailles, Gérard Itéma, garde une ligne de conduite claire : la santé et la solidarité valent toutes les fortunes du monde.

Parce qu’au final, une fresque s’efface ou se repeint, mais une vie sauvée grâce à un mot écrit sur une vitrine, ça n’a pas de prix. Alors la prochaine fois que vous croisez une des vitrines signées KAF dans le centre-ville, faites deux choses : admirez le coup de crayon, et passez le mot à vos proches. Prenez soin de vous !





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