Si vous vous promenez du côté de Saint-Paul et que vous croisez un petit personnage coloré qui semble vous faire un clin d’œil au coin d’une rue, ne cherchez plus : vous êtes tombé sur un Happinessy. Derrière ce totem de la bonne humeur se cache Steve alias Bonheur, un artiste de 37 ans qui, comme son nom l’indique, a décidé de faire de la positivité une discipline olympique.

Du graffiti aux galeries : 25 ans de « pinceau-thérapie »

Bonheur n’est pas un nouveau venu. Voilà un quart de siècle qu’il pratique le graffiti, passant des murs de la rue aux cadres plus feutrés des galeries (merci à la galerie Opus Arte d’avoir décelé le potentiel de ce « serial-sourieur »). Graphiste de formation, il a troqué le stress des agences de pub pour la liberté du pinceau, même si la réalité locale rappelle parfois que le chemin de l’artiste à La Réunion demande de la patience :

« Ici, les places en galerie sont plus chères qu’une place de parking à l’Ermitage un dimanche après-midi ! » s’amuse-t-il, soulignant le manque de visibilité malgré un talent qui ne demande qu’à s’exporter.

L’archiviste des « petites cases »

Mais attention, ne vous fiez pas qu’aux couleurs vives. Le travail de Bonheur est aussi une course contre la montre. Passionné par le patrimoine réunionnais, il utilise son art pour créer des archives illustrées. Il peint ces lieux iconiques qui disparaissent, comme la célèbre boutique Loulou, pour que la mémoire ne s’efface pas en même temps que les planches de bois.

D’ailleurs, le bois, il connaît. Adepte de l’upcycling, il redonne vie à tout ce qui traîne : une vieille porte de vestiaire, un volet de case fatigué ou une planche de skate deviennent ses supports préférés. Pour lui, rien ne se perd, tout se transforme en sourire.

Transmettre pour ne pas s’oublier

Aujourd’hui, l’artiste partage son temps entre ses propres créations et des ateliers avec la jeunesse saint-pauloise. Son message aux marmailles ? « Écoutez-vous. »

Dans un monde qui nous bombarde d’attentes, Bonheur prône un retour à l’essentiel : se faire plaisir à soi-même avant de vouloir plaire aux autres.

Son rêve ultime ? Que son Happinessy aille voir du pays et s’affiche sur les murs du monde entier. En attendant, il continue de savourer ce qu’il préfère dans son métier : la rencontre. Alors, si vous le voyez en plein live painting, n’hésitez pas à l’aborder. Au pire, vous repartirez avec une dose de soleil ; au mieux, avec l’envie de repeindre vos vieux volets.

On dit souvent qu’on ne peut pas acheter le bonheur. C’est faux. Il suffit d’aller voir ses expositions pour en ramener un morceau chez soi, et contrairement au vrai bonheur, celui-ci ne nécessite pas 10 ans de méditation, juste un petit clou au mur.

Laisser un commentaire

Tendances