Dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg, elle est « Madame la Sénatrice ». Sur son île (de La Réunion), elle est simplement la maman de Chloé. Entre ces deux mondes, Audrey Bélim trace sa route. Une femme de convictions qui refuse de choisir entre ses ambitions, ses devoirs et ses émotions. Portrait d’une élue qui fait de sa triple identité, femme, mère et politique, le véritable moteur de son engagement.

La Sentinelle des Outre-mer

Devenir sénatrice n’était pas un plan de carrière écrit d’avance, mais plutôt la suite logique d’une rencontre entre la rigueur du droit et l’appel du terrain. Juriste de formation, Audrey Bélim aborde la politique avec la précision d’une horlogère : elle aime « monter et démonter les contrats » pour y débusquer les moindres failles.

Aujourd’hui vice-présidente d’une commission d’enquête sur la vie chère, elle s’est imposée à Paris comme une véritable sentinelle. Son combat quotidien ? Briser l’absence de « réflexe Outre-mer » dans la capitale. Elle ne se contente pas de voter des lois ; elle les amende, les triture, pour éviter qu’elles ne soient « désastreuses » une fois appliquées sur un territoire situé à 10 000 kilomètres. Pour elle, siéger au Sénat, c’est avant tout « honorer le rêve de ses ancêtres et transformer la résilience réunionnaise en victoires concrètes. »

Mais la fonction a aussi ses moments de solitude, qu’elle raconte aujourd’hui avec un rire franc. Comme ce tout premier jour où, débarquant « fracassée » d’un vol long-courrier en classe éco, elle se fait interpeller par un administratif distrait devant l’ascenseur : « Alors ma petite chérie… » Il a suffi qu’elle retourne son badge pour que l’intéressé devienne plus rouge que le tapis du Sénat avant de s’éclipser.

Depuis, le décor est posé. Pour économiser les deniers publics, elle vit dans un 28 m² à Paris et s’impose vingt minutes de marche quotidienne. Un sas de décompression indispensable pour « redescendre » après des séances qui se terminent parfois à une heure du matin.

La Maman : La culpabilité en valise cabine

Quand elle quitte l’hémicycle et les auditions sur la grande distribution, Audrey Bélim endosse son autre rôle capital : maman solo d’une adolescente de 14 ans. Une mission qu’elle vit avec une intensité totale, quitte à embarquer une bonne dose de culpabilité dans sa valise cabine à chaque trajet entre Saint-Denis et Paris.

Perfectionniste assumée, elle veut être performante partout : au pupitre du Sénat comme dans le salon familial face à sa fille, sa « Clochette ». Cette dernière est d’ailleurs son meilleur garde-fou. C’est elle qui la taquine quand elle essaie de passer incognito, et c’est encore elle qui, avec beaucoup de malice, la pousse à ne pas oublier la femme derrière la fonction.

Derrière les sourires, il y a aussi la réalité du terrain et la sensibilité d’une enfant face aux attaques gratuites des réseaux sociaux. Une peine qu’Audrey Bélim évoque avec une vive émotion :

« Ça lui fait du mal qu’on parle comme ça de sa maman… « Ils ne savent pas vraiment ce que tu fais, pourquoi tu ne leur montres pas ? », me demande-t-elle souvent. »

À cela, la sénatrice tente d’expliquer que l’engagement public impose parfois de se forger une cuirasse. Mais entre deux rapports parlementaires, la mère fusionnelle reprend toujours le dessus, sanctuarisant chaque moment de vacances pour partager des sorties d’accrobranche ou des visites de musées.

La Femme : « Pa kapable lé mort sans essayé »

Derrière la parlementaire pugnace et la mère protectrice, il y a une femme qui avance, guidée par une devise chevillée au corps : « Pa kapable lé mort sans essayé ».

Audrey Bélim ne cache rien, ne triche pas. Ni sur ses doutes face à l’engagement amoureux après une séparation vécue comme un échec, ni sur ce visage plus fermé qu’elle doit parfois arborer pour imposer le respect dans un milieu très masculin. Mais chassez le naturel, il revient au galop, porté par un sourire et une fierté immense d’incarner son île.

À la veille de la Fête des Mères, son message aux femmes et aux mamans réunionnaises résonne comme un mantra : « Prenez conscience de votre place, vous la méritez. » Une invitation puissante à rester têtue, courageuse, et surtout, à ne plus jamais demander la permission pour réussir.

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