Si vous croisez Mouzna Ali dans les couloirs du CHU de Saint-Denis, vous verrez une infirmière de bloc opératoire rigoureuse, l’œil vif derrière son masque. Mais ne vous y trompez pas : une fois la blouse tombée, les gants de MMA prennent le relais. Et là, ce n’est plus la même chanson.
À « quarante ans et quelques » (parce qu’une championne ne révèle jamais tous ses secrets), Mouzna n’est pas juste une maman de trois enfants qui cherche à décompresser. C’est un phénomène. Médaille d’or au SGR à Maurice en 2025 chez les moins de 65 kg, elle vient de marquer l’histoire du sport réunionnais en devenant la deuxième femme en France et la seule dans l’océan Indien, à décrocher le diplôme de juge officielle N2.

Du « brouillon » à l’excellence
Rien ne prédestinait pourtant cette soignante au sommet de la cage. Son premier mentor, Mickaël Bourdageau, s’en souvient avec un sourire en coin :
« Au début, c’était brouillon, elle n’avait pas la technique, mais elle aimait cogner ! Si on m’avait dit qu’elle atteindrait ce niveau, je n’aurais pas misé une pièce dessus. »
Mais voilà, Mouzna est du genre à transformer les « non » en moteur. À force de séances de coaching intensives à Champ Fleuri après ses gardes de nuit, elle a prouvé que la discipline du bloc opératoire se mariait très bien avec la rigueur du combat.

Le rebond d’une championne
Le parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. En 2024, entre déceptions humaines et fin de collaborations houleuses, Mouzna a failli tout plaquer. C’était sans compter sur sa rencontre avec Olivier Imara, qui a su relancer la machine.
« Si Dieu n’avait pas mis Olivier sur mon chemin, j’allais tout laisser tomber, » confie-t-elle. Résultat ?
Une remontée spectaculaire, des combats à l’international et une transition réussie vers l’arbitrage de haut niveau.
« Le talent est là, mais où sont les licences ? »
Mais Mouzna n’est pas qu’une pionnière sur le ring ; c’est aussi une voix forte au sein de l’équipe technique régionale. Son diagnostic sur le MMA réunionnais est sans appel : le potentiel est immense, mais l’organisation est en « soins intensifs ».
- Le constat : « Le talent péi est incroyable. Il suffit de voir les galas GFTC, on y découvre des pépites, des jeunes qui en veulent ! »
- Le point noir : « Beaucoup de clubs pratiquent, mais trop peu s’affilient à la Fédération nationale. On a besoin de structures officielles. Depuis 2020, la fédération existe, mais le manque de licenciés freine notre expansion. »

Prochaine étape : Le sommet
Aujourd’hui, Mouzna Ali ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle vise déjà le grade de N3 (arbitre central) et, à terme, le titre de déléguée officielle, le Graal de la Fédération.
« Je ne sais pas m’arrêter, c’est ça le problème, » s’amuse-t-elle.
Entre ses gardes à l’hôpital, ses entraînements cardio et sa vie de famille, elle s’apprête à faire sa première sortie en tant que juge pour la MMA League fin mai. Rendez-vous est pris en juin également pour le prochain GFTC. Ouvrez l’œil, la patronne sera dans la place.






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