« Le sport, c’est mon médicament. C’est comme ça que je me guéris. » Quand Jessy Ferrère parle de l’athlétisme, on ne discute pas. On écoute. Et on admire. À 66 ans, cette force de la nature, première Réunionnaise championne de France en National 2 (1991), est bien plus qu’une légende. C’est une cure de jouvence sur deux jambes.

Son CV sportif ressemble à un inventaire à la Prévert version « muscle et sueur » : natation, judo, lancer de poids, disque, haltérophilie, et enfin, la force athlétique. Douze ans de carrière dans cette discipline qui lui ont valu trois titres de championne du monde et un record du monde au squat à 242 kilos en 1996. Un record toujours imbattu.

« J’en suis fière, mais ce n’est pas la fin du monde.«  balaie-t-elle d’un revers de main, préférant l’humilité aux lauriers.

Car aujourd’hui, à 66 ans, Jessy ne vit pas dans le passé. Elle vit dans son corps, dans l’instant. « C’est mon ADN », dit-elle simplement.

Quand on l’interroge sur sa participation à un prochain meeting, la réponse fuse, pleine de sagesse et de malice :

« Non, ce week-end, je suis la marraine du meeting de l’Athlétisme de La Réunion 2026 qui se tiendra à Saint-André ! Je laisse les jeunes lancer. »

Mais ne vous y trompez pas : Jessy n’a pas raccroché le poids. En juin, elle s’envolera pour Épinal pour les championnats de France Masters. Elle s’entraîne, mimant les mouvements, faisant des démonstrations. La médaille d’or ? Si elle l’a, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave.

L’important est ailleurs. « Les Masters, c’est la joie. On y retrouve des gens de 80 ans qui lancent ! C’est une fête, une famille qu’on retrouve pendant trois jours. »

Elle regrette juste le manque de reconnaissance pour ces athlètes d’expérience, sauf peut-être pour les coureurs sur route. Mais Jessy est une battante, et elle continue de prêcher pour sa paroisse.

Et sa paroisse, c’est aussi, et surtout, la jeunesse. À Saint-André, elle entraîne des jeunes, des benjamins aux seniors. Avec eux, elle est un peu « maman poule », avouant aimer les câliner, mais sachant être dure quand il le faut. Les résultats sont là, les progressions spectaculaires, et les parents sont les premiers à la remercier. Ses élèves l’adorent, au point qu’elle doit parfois freiner les ardeurs :

« Jean-Pierre, arrête de m’en envoyer ! Qu’est-ce que je vais faire avec 20 lanceurs ? » s’amuse-t-elle.

Pour Jessy, la base de tout, c’est le plaisir, la sensation.

« Le sport, c’est une belle sensation. Quand on n’en a pas, ça ne sert à rien. Il faut que le corps vive dans cette sensation. »

Jessy Ferrère est la preuve vivante qu’on peut avoir 66 ans, un record du monde imprenable, une énergie à revendre et surtout, un cœur énorme à partager. Une championne, une éducatrice, une « maman poule ». Simplement, Jessy.

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